Et moi j'suis là, plantée comme ce petit roseau prêt à se briser dans les fables de la fontaine, qui se courbe sous les bourrasques de vent, qui affronte la tempête, qui s'en prend plein la gueule mais qui résiste, qui s'accroche tant bien que mal aux quelques racines qui le retiennent sur terre. Je reste immobile alors que le monde est constamment en mouvement. J'essaye de me persuader que ce sont les choses autour de moi qui ont changé, mais je me mens, je me mens, parce que la vérité, c'est que c'moi qui est changé. Mon reflet dans la glace n'est plus celui que tu as connu, mon sourire n'est qu'une façade, j'ai quinze bouteilles d'un litre de larmes au coin des yeux, prêtes à dévaler la pente, pour se réfugier entre mes lèvres entrouvertes. J'pourrai faire le starter, les laisser s'élancer dans une course folle sur ma joue, mais je souhaite les garder. Tu sais, c'est elles qui donnent de l'éclat à mon regard, cette eau cristalline qui recouvre l'iris cuivré cernant ma pupille, comme un voile transparent qui rend l'oeil moins terne. Mes cheveux rougissent à la lueur du soleil, et mes pommettes s'échauffent pour quelques battements de cils. Cette couleur pourpre qui se dépose, par touche sur mon visage, une véritable hantise. Y a tout ces souvenirs qui m'reviennent en tête, tout ces " je t'aime " qui n'ont plus lieu d'être. A ce qu'on m'a dit, c'est de la nostalgie. D'mon côté, c'est ce que je ressens jour et nuit. Je nous revois assis sur ces bancs, s'enlacer contre ces piliers...Et chaque jours, ce sont ces quelques bancs, ces trois, quatre piliers, qui me mettent au pied du mur ; pitoyable n'est-ce pas ? Dire que ce sont ces éléments sans histoire, qui me rappellent la notre, qui me contraignent à affronter ces tourmentes de souvenirs. J'suis pas ce genre de fille courageuse, forte, et indomptable, non bien au contraire, il ne faut pas grand chose pour m'atteindre et m'affectée, il suffit que tu m'effleures et hop, touchée, coulée. Je me sens seule, tellement seule, j'pourrai même ressentir une profonde solitude en plein milieu de la foule. Un soupçon de mélancolie, quelques gouttes de frustration et les saveurs de la vie, ont de quoi devenir bien fades.L'après-rupture, appelez ça comme vous voulez, pour moi, c'est un calvaire. Coluche a dit : « Les portes de l'avenir s'ouvriront à ceux qui savent les pousser. ». Alors la question est : « En suis-je capable ? »
Ju.